Prof. Dr. Tom Avermaete | Histoire et théorie de l’urbanisme
Ouverture de la « zone de contact ». Vers une nouvelle écriture de l’histoire de l’architecture
L’objectif de ce projet de recherche est la mise au point d’une nouvelle méthode d’écriture de l’histoire de l’architecture après la Seconde Guerre mondiale qui reflète la complexité de la globalisation et son influence sur l’environnement bâti. Le projet examine une approche historiographique alternative en structurant l’histoire à l’aide de « zones de contact » interculturelles. Cette notion a été utilisée pour la première fois par la chercheuse en littérature Mary Louise Pratt qui définissait les zones de contact comme des « espaces sociaux au sein desquels les cultures se rencontrent, entrent en collision et s’affrontent, souvent dans des relations de pouvoir très asymétriques ». Cette étude utilise le concept de zones de contact comme base pour l’examen de moments dans le temps et l’espace où s’est déroulé un échange productif d’idées architecturales. Parallèlement à des résistances et à des incompréhensions, ces rencontres ont donné naissance – comme l’exprimait Pratt – à des « moments enivrants d’étonnement, de révélation, de compréhension mutuelle et de nouvelles connaissances ». L’objectif à long terme consiste à analyser, évaluer et résumer dans un schéma global les différents types d’échanges au sein des zones de contact de la culture architecturale. Une histoire abordant les zones de contact architecturales telles que les conférences, expositions, salons du bâtiment, cours d’été, salles de classe interculturelles, bureaux internationaux et programmes d’aide d’urgence, est une histoire beaucoup plus dynamique, intégrante et précise que les descriptions statiques et conventionnelles des bâtiments, des architectes ou des transferts de connaissances unidirectionnels.
Dans la première partie du projet de recherche, je mènerai un examen métathéorique de tels « zones de contact » et examinerai leur pertinence dans le domaine de l’architecture. Je pars du principe qu’en collaborant avec de nouvelles tutrices et de nouveaux tuteurs et leurs domaines respectifs, je serai à même de classer la méthodologie des zones de contact parallèlement à d’autres formes alternatives d’écriture de l’histoire, telles que les études de traduction, les études migratoires, les histoires de relations et l’urbanisme comparatif. Dans la seconde partie de ma recherche, j’élargirai mes connaissances aux aspects opératifs de zones de contact architecturales. J’examinerai également comment naissent vraiment les zones de contact architecturales, leur degré d’accessibilité, la façon dont elles sont entretenues, leur fonctionnement et leur résonance au sein de cultures architecturales locales. J’étudierai en outre par l’analyse des actrices et acteurs, thèmes et positions au sein de zones de contact selon une perspective donnée – à savoir une perspective spécifique au genre – dans quelle mesure cette méthode pourrait aussi être un moyen innovant de réinscription des femmes dans l’histoire de l’architecture.
La méthode historiographique examinée dans ce projet devrait modifier la façon dont les historiennes et historiens de l’art appréhendent l’élargissement des idées architecturales et leurs conséquences sur l’environnement bâti. La nouvelle méthode est bien plus précise que les actuelles représentations de l’architecture moderne ; elle mènera à une reconnaissance plus forte de l’architecture en tant qu’entreprise interculturelle, multidisciplinaire marquée par de nombreuses autrices et nombreux auteurs qui sont généralement marginalisé·e·s. Ce projet ouvrira parallèlement de nouvelles directions à l’écriture de l’histoire.
Contact
Financement
La recherche pour ce projet a été financée par le Fonds national suisse (FNS) dans le cadre du contrat de financement P500PS_202980 « Unlocking the ,Contact Zone’: Toward a New Historiography of Architecture ».
Durée du projet
Juin 2022 à mai 2024, avec un détachement au sein du programme « The History, Theory and Criticism of Architecture and Art » (HTC) au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge, Massachusetts, et un détachement au sein de la Graduate School of Architecture, Planning and Preservation (GSAPP) à la Columbia University de New York.